2 minutes 35 de bonheur

Ca y est vous allez avoir la ritournelle dans la tête toute la journée. Merci qui ?! merci Loliiiie ! Enfin j’étais pas venue vous chanter une chanson ni vous livrer une bio de Johnny et Sylvie, juste vous faire partager mon petit bonheur du jour, parce que le bonheur est fait de petites choses. Le bonheur, c’est fugace, fragile, il faut le saisir quand il passe. Alors ce matin je n’ai pas hésité à le cueillir à bras le corps, surtout que j’en avais bien besoin !

Ben oui, matin chagrin, matin où il faut un treuil pour te sortir du lit, où tu traînes ta démotivation, ta fatigue (et tes courbatures de ton match de foot de samedi contre l’équipe « poussins » de ton fils aîné) et le retard consécutant de ces causes conjointes, bref, matin ordinaire de fin d’année scolaire on va dire ! Hé bien ce matin gris (ouaip, c’est l’été que sur le calendrier ici) a eu son rayon de soleil au moment où j’enfilais mon blouson. Le rayon de soleil avait 2 petites jambes assurant une démarche un peu chancelante parce qu’elles voulaient aller un peu trop vite, un doudou dans une main, et 2 petits bras qui m’ont enserré les genoux de toute leurs forces. Et puis le rayon de soleil a plaqué sa joue sur ma cuisse en serrant fort ses petits bras, il a levé vers moi 2 grands yeux pleins d’amour et il a dit « t’aime maman ! ».

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Moi aussi je t’aime, mon petit caramel : dur dehors et si tendre à l’intérieur !

 

debout là-dedans !

Ca y est, une page se tourne. Ma petite enclume n’en est plus une : il a trouvé le bouton « up » depuis ce matin. Et il maîtrise à mort, l’animal ! Dans le parc, sur le canapé, le long d’une table, tout est bon pour se lever.

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Le pire, c’est qu’il aime ça ! Et que cette liberté de mouvement conquise de dure lutte lui a donné des velléités d’indépendance : le voilà qui quatrepatte allègrement, maintenant…

Ca fait beaucoup en peu de temps : 2 dents sorties , la maîtrise de la position debout et des déplacements autonomes, tout ça en à peine une semaine… Ouille, ouille, ouille, la fin d’une époque. Définitivement, la page « bébé » est tournée. Et ça fait un petit pincement au coeur, même si c’est normal.

des bleus à l’âme…

Le compte à rebours est lancé… Dans un peu moins de 2 semaines, je devrai reprendre le chemin du travail. Finie la parenthèse enchantée, à écouter rire mes enfants, à les regarder grandir, à me laisser porter par leurs jeux et leurs besoins. Maintenant c’est eux qui vont devoir vivre à mon rythme, et plus moi qui vais vivre au leur.

Et c’est dur de me dire que désormais, je vais devoir voler ces moments-là au temps qui passe au lieu de simplement les cueillir…

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« mon petit frère, il est tout petit minuscule » – « ha bon, tu trouves ?! »

Rappel des faits : jeudi 24 au matin, j’avais gentiment perdu le bouchon muqueux. Au rdv SF de l’après-midi, elle m’avait dit que ça allait sûrement aller jusqu’au bout parce que c’était vachement calme sur le monito (note pour plus tard : s’interroger sur la qualité du matériel. Ou la compétence du personnel). J’ai gentiment pris mon parti de la chose et regardé paisiblement Section de recherches à la Téloche en boulottant du chocolat noir aux noisettes.

Vendredi 25 mars 2011

3h10

J’ouvre un œil ensommeillé : merde, envie de pipi. Je regarde l’heure : elle a une heure d’avance sur d’habitude, cette envie de pipi, ça saoule ! me lèverai pas, na. C’est pas l’heure.

3h14

Pffffhh, elle passera pas, faut que j’y aille. Je m’extrais donc des draps avec la grâce d’éléphant de mer qui me caractérise depuis quelques mois. Dans le noir, j’arrive au Lieu, je m’y asseois pose, fais ce que j’ai à faire. Je m’essuie. Là, à cet instant précis, j’entends et je sens en haut à droite de mon ventre « clac ». Heuuuu, cétékoiça ?! « si ça se trouve, c’est la poche des eaux qui a pété ! Lol ! » pense-je. Je me marre in petto de ma connerie et me dirige vers ma chambre. Arrivée à la porte, douleur assez intense en bas du ventre. Puis petite sensation de coulure entre les cuisses. Nooon ?! tu blagues ?!

3h18

Je débarque dans la salle de bain, au radar, j’allume la lumière. J’écarte les papattes arrière pour voir ce que c’est que ce machin que j’ai cru sentir couler. Splash (20cl sur le carrelage). « Merde… je perds les eaux !». Re-splash (15cl). C’est très liquide, un peu rosé. Ca fout même pas la gerbe. Guibolles serrées, je cours à la chambre conjugale (imagine la scène, public ! tu t’es bien marré, hein ? et maintenant, essaie de courir avec les guibolles serrées, pour voir… que je rigole 5 minutes moi aussi !). J’y secoue l’homme endormi. Rien. Je resecoue, comme un prunier un peu plus fort cette fois.

« Gnnnmmpppfff ?

MOI, chuchotant, très maîtresse de moi-même – Je suis en train de perdre les eaux

LUI, dans les limbes – Ha…

MOI, interloquée – ?????

LUI, comprenant enfin le sens de ma phrase et éjectant la couette, paniqué – Merde, faut y aller alors !

MOI, rassérénée sur sa santé mentale – Je le crains, oui… »

J’attrape un slip (propre), cherche une Vania. J’ai pô, je mets que des tampons en temps de ragnagnas, et quelque chose me dit que ça ne plaira pas à la SF ! A la guerre comme à la guerre, j’attrape un gant de toilette (propre) à plier en 2 au fond du slip. Je coule toujours.

3h25

Je me précipite sous la douche, l’homme sur la cafetière et son paquet de clopes (chacun ses priorités !). J’ai un peu mal au ventre mais c’est léger.

3h30

Je sors de la baignoire (ouais, on n’a pas de douche). Splash (re-15cl. ‘tain, tu m’étonnes que j’ai pris 19 kgs ! si déjà y’a 3 litres de flotte…).

J’enfile le slip, colle le gant dedans. Enfile une patte du jean (de grossesse, le jean, je te rassure public !). Arrive le moment d’enfiler l’autre : pour ce faire, je lève la jambe (en me tenant au lavabo, hein, je suis enceinte et blonde mais pas inconsciente).

Je sais désormais ce que ça fait qu’être un chien : le mouvement a précipité 30 bons cl de liquide rosé sur le jean, le slip, le gant… et le tapis de la SDB. Meeeeeerddeeeee !

Rechope un slip, un gants, un jean…

3h40

J’appelle la nounou (ex et future) qui s’était proposée pour récupérer mon grand le jour où. J’explique brièvement à sa voix ensommeillée que je viens de me vider de 2 litres de flotte sur le carrelage, et que le temps de lever le gnôme on est chez elle dans le ¼ d’h.

J’appelle ensuite la mater, pour prévenir qu’ils préparent tout, je suis là dans 1h.

L’homme met la voiture à chauffer.

3h45

J’amène les valises dans l’entrée. L’Homme les charge dans le coffre pendant que je récupère les trucs de dernière minute : brosse à cheveux, déo, analyses… et j’ouvre la porte de Gauthier. Je lui fais un bisou, lui explique qu’on doit partir.

Je re-coule. Je sens que le gant de toilette est trempé, ça me chagrine. A tel point que c’est l’homme qui lèvera notre fils. Je lui mettrai juste sa veste et prendrai son sac à dos spécial jour J (avec fringues, chaussons, bouquin, tute de secours…). J’enfile mes baskets – sans les lacer, hein : je coule déjà debout, j’imagine pas l’étendue des dégâts penchée !

3h50 

L’homme jette fi-fils chez Nounou, et remonte en voiture fissa. Il flippe. Pas moi, j’ai pas mal (vas-y, fais ta maline maintenant, parce que ça va pas durer !), et on écoute les redifs des grosses têtes en se poilant.

Je textote les copines pour prévenir que c’est mon jour (vu l’heure ce serait bien le diable si je me plantais !)

4h04

Ha, une contraction douloureuse…

4h09

Ha, une contraction douloureuse…

4h14

Ha, une contraction douloureuse…

4h19

Ha, une contraction douloureuse… waouh, c’est toutes les 5 minutes, comme dans les bouquins ! c’est trop génial d’accoucher comme c’est décrit dans les livres ! en plus, c’est douloureux mais supportable (hin hin hin… rigole, rigole !)

4h30

On entre dans la clinique, escortés du vigile – ça fait drôle comme procédure ! Arrive la SF, une petite dame brune, l’air suuuper douce et gentille.

Elle me monitore, fait le traditionnel TV. Je m’excuse d’en foutre partout, mais il coule des litres de rosé de mon entrejambe. Elle dit que c’est pas grave. Elle ajoute que je suis à 2-3, que c’est le début et qu’elle revient.

4h40

Je suis donc seule avec l’homme en chambre de travail. Nous devisons gaiement entre 2 contractions, bizarrement devenues anarchiques depuis qu’on a franchi la porte de la clinique. « T’as vu, c’est cool, je te disais justement hier que j’aimerais bien perdre les eaux pour celui-là, ben c’est fait. ‘l’est obéissant tout compte fait ! »

5h10

Les contractions sont anarchiques mais j’ai déjà du mal à les supporter. Je grimace et me raidis, je commence à laisser tomber la discut’ avec l’homme. La SF arrive, elle voit que je douille. Re-TV. 3-4. Ca avance pas mal. Elle repart en me laissant souffrir (pas en silence) et avec l’homme qui se ronge les ongles.

5h40

Je beugle sous l’effet de la douleur. Je pleure aussi sur certaines contractions. « Je peux plus, je veux plus ! ». L’homme est désemparé (et désespéré).

La SF revient (la pauvre… des douillettes comme moi elle a pas du en voir souvent). Re-TV. Je suis à 5-6. « ce que je vous propose, c’est que vous allez aller prendre une douche avec de la bétadine, enfiler la tenue et les surchaussures
et je vais vous installer en salle de travail, je vais appeler l’anesthésiste on va vous poser la péri

– Ho ouiii, merciiii ! »

5h45

Après une contraction violente, je me lève du lit de prétravail et me dirige vers la douche, à 2 mètres de la chambre. L’homme ne me propose même pas son bras salvateur pour m’aider. Je le maudis intérieurement (note que s’il me l’avait proposé je l’aurais sûrement envoyé chier, mais bon, c’est l’intention qui compte, hein?).

5h47

Me voici dans la salle de douche. C’est petit… Une contraction me plie en 2. Je m’appuie au montant de la douche. Je maudis le bébé de me faire aussi mal.

6h00

J’ai réussi, par un grand miracle (en même temps le 25 mars c’est l’Annonciation, c’est le jour ou jamais pour les miracles…), à me doucher, et à mettre la charlotte, la chemise gracieuse et les surchaussures qui iraient même à un éléphant adulte et bien portant.

J’arrive devant la salle de travail, où l’homme est en train de charrier le dossier paperasses (analyses, échos, carte de groupe…), le sac de salle, mes fringues, mes pompes…

Je me hisse sur le lit de torture. La SF me branche à une perf et m’annonce qu’elle a appelé l’anesthésiste. Je demande s’il est dans les murs. Elle répond que oui. Je réponds par un soupir de soulagement.

6h06

Contraction violente, encore. Je gueule que j’ai mal, je pleure. Mon chéri sait pas quoi faire, il me regarde effrayé. Consciente du spectacle pitoyable que je lui offre, je lui fais jurer de regarder les photos du mariage dès son retour à la maison (j’y suis quand même bien plus à mon avantage avec ma robe, mon make-up et mon chignon qu’avec la charlotte d’hôpital, les traits déformés par la douleur, et les yeux bouffis de larmes et de manque de sommeil).

6h10

Qu’est-ce qu’il fout ce c*** d’anesthésiste ?!

6h12

Entrée de la SF suivie de l’anesthésiste (‘suffisait de le demander gentiment). Je me raidis sous l’effet des contractions, j’essaie de respirer comme je peux, mais je tressaute. On dirait un gardon sorti de l’eau par un pêcheur du dimanche.

L’anesthésiste prépare son matériel. « vous pesez combien normalement ? »

(ôte-moi d’un doute, il a pas un dossier, normalement, le gars ? Pourquoi il me demande ça ? Pour voir si je suis encore étanche dans mon cerveau ? Ou pour tenir à jour des stats persos?!).

Je lui réponds gracieusement. La SF fait sortir l’Homme qui attendait le moment où il allait devoir prendre la porte.

6h20

Je veux que ça se termine. L’anesthésiste, sans doute perturbé dans ses calculs par mes gémissements, râle : « essayez de respirer au lieu de pleurer ». (j’ai le droit de l’insulter ?! Ha non, merde, après il voudra plus me mettre la péri).

Intervention de la SF qui commence aussi à perdre patience, dirait-on : « vous allez vous asseoir au bord de la table, on va vous poser la péridurale ». Jouez Hautbois, résonnez trompettes : alléluiah !

6h23

Une violente contraction m’empêche de m’asseoir. Je douille. La SF patiente. L’anesthésiste s’impatiente.

6h25

Me voilà assise. Je galère pour trouver la position idéale, mais je finis par y arriver. Piqûre, enrubannage dans du sparadrap, injection. C’est fini, au revoir Madame.

L’anesthésiste se retire dignement, avec la fierté du devoir accompli. La SF m’aide à me remettre sur le dos, et m’annonce un TV quand l’anesthésie fera effet. Elle va rechercher l’homme.

6h30

Bon, ben y’a plus qu’à. J’ai froid. La SF s’en va, l’homme est revenu.

6h40

Je grelotte toujours, la douleur s’estompe. Les contractions sont super régulières sur le monito. Je les sens, mais je n’ai pas mal. L’anesthésiste désagréable a bien bossé. Je l’absous.

6h55

C’est l’heure du TV. Je suis à 7-8. Je jubile : « waaaaaahhhh, ça va viiite ! A ce train-là, à 9h30 il est là, bonhomme ! ». L’homme acquiesce. Il est content, il ne revivra pas les 26 heures de l’aîné. Je lui mendie 2 gouttes d’Evian en pschitt. Il dit que j’ai pas le droit. Je dis que je m’en fous, que j’ai la bouche sèche, et que plus-vite-que-ça. Il me noie pschitte quelques gouttes salvatrices au fond de ma gorge.

7h50

La SF arrive. Elle m’annonce qu’elle ne vérifie pas où j’en suis parce que c’est une nouvelle équipe qui va arriver et que comme c’est sans doute cette équipe-là qui va m’accoucher, elle préfère les laisser faire la dernière ligne droite. Bon.

8h10

Une jeune SF arrive. Elle est très souriante, elle me plaît. Elle s’appelle Anne-Lise. TV. Je suis à dilatation complète, mais bébé a apparemment du mal à descendre. Elle me demande de pousser un peu pour voir ce que ça donne. Je pousse. Elle me dit qu’elle va appeler l’obsté pour la sortie. Sa collègue, une petite dame blonde super sympa et rigolotte installe les étriers (et se goure de sens, on s’en amuse ensemble).

8h20

L’obsté arrive. TV. Grimace. « il est en fléchi là…

MOI, à moitié inquiète au vu de son air sceptique : c’est-à-dire ?

LUI : En somme, au lieu de se présenter par le sommet du crâne, il se présente par l’arrière du crâne.

MOI : Comme par la face mais dans l’autre sens ?

LUI : Heu, oui, en gros c’est ça »

Ouch. Anne-Lise me dit de me mettre sur le côté, la jambe droite repliée pour aider bébé à descendre. Je m’exécute. Je commence à flipper un peu. Je trouvais suspect aussi que tout se passe aussi bien.

9h10

Retour de l’obsté. Re-TV. Re-grimace. Ca pue, et je le sais déjà. L’obsté confirme : « Il a pas bougé d’un centimètre, il descend pas.

Anne-Lise : on peut essayer le 4 pattes avec le ballon, ça aide à descendre parfois.

Obsté, air trèèès sceptique : on peut essayer, mais bon…

Moi : on se dirige vers la césa, c’est ça ?

Obsté : ben oui, parce que si on tente la VB avec un bébé dans cette position, ça peut vite devenir très traumatique. Pour lui et pour vous… Mais bon, on va quand même vous laisser une dernière chance. »

Arrivée du ballon. Va te mettre à 4 pattes sur une table à moitié stable, relié à une perf d’un côté et à une péri de l’autre. Bref. J’y arrive. Avec l’aide d’Anne-Lise.

Me voilà les fesses en l’air (et à l’air), tuyautée à droite et à gauche, vautrée sur un ballon en charlotte et chemise d’hôpital en face de l’Homme. Qui en a vu d’autres, certes, mais brusquement, je me dis que ma côte Glam en a pris un sacré coup. Va falloir bosser pour rattraper ça. Quand j’aurai perdu mon bide…

Le temps passe, DH vient me pschitter régulièrement, et remettre pudiquement le drap qui tombe de mon auguste postérieur. Grâce lui soit rendue (à l’homme, pas à mon postérieur).

9h30

Je commence à avoir mal en bas à droite du dos lors des contractions. Néanmoins je continue à faire des cercles avec mon bassin, et à encourager bébé à descendre.

10h15

Ob
sté, le retour. Vérifications d’usage. Bébé n’est pas descendu. L’obsté demande aux SF de me préparer pour la césa.

Je lui dis « alors ça y est, c’est décidé, vous allez m’ouvrir comme un quartier de viande ?

L’Homme – comme un poisson… »

L’obsté rigole. Il me dit qu’on va y aller, parce que je suis depuis plus de 2 heures à dilatation complète et que mon utérus risque d’être trop distendu pour se remettre par la suite si on attend encore. Il s’en va.

Je me plains des douleurs dans le dos. Les SF disent que c’est normal à cause du changement de position, que l’anesthésiste va me remettre une dose pour la césa, de ne pas m’inquiéter. Elles me font retirer mes bijoux, ma montre (d’ailleurs, les heures qui vont suivre seront très approximatives). Me donnent l’apéritif (chouette, ça tombe bien, j’avais tellement soif). C’est un produit censé stopper je ne sais quoi (avec le recul, je crois qu’en vrai c’est un truc pour que je vide mon estomac). C’est amer, abject.

La SF blonde plaisante avec l’homme et lui demande de s’écarter un peu pour pas qu’il voit ce qui va suivre. Je l’en remercie intérieurement quand je vois de quoi il s’agit : elles me rasent et me posent une sonde urinaire.

Le brancardier arrive et plaisante avec les SF. Je me sens vaguement inquiète quand même. J’ai un peu de mal à réaliser ce qui va m’arriver… Je suis soulagée parce que ça va bientôt se terminer, mais j’ai aussi un peu peur.

Le brancardier est souriant, sympa, s’appelle Yann. On déconne un peu, je sais même plus sur quoi.

10h30

Arrivée au bloc. Il y a là une foule de gens en blouses, et moi j’arrive avec la foufoune à l’air libre (profitez les gens, c’est journée portes ouvertes). Je me sens vaguement gênée. En plus il fait un froid de canard. Je claque des dents et je dis qu’il fait froid.

Un bonhomme en vert dit « oui, c’est pour les microbes

MOI – oui, je me doute… Et pis du coup, on repart de là avec une pneumonie, c’est chouette aussi !

Bonhomme en vert (c’est l’anesthésiste, mais pas le même que tout à l’heure : çui-là s’avérera vachement plus sympa!!!), rires – oui, on peut voir ça comme ça ! Vous inquiétez pas on va vous mettre une couverture chauffante. »

On me pose ladite couverture tandis que je grelotte. Pendant ce temps, l’anesthésiste change un truc à ma perf et on installe un champ opératoire super haut devant moi. Je sens les larmes monter. Ca y est, je suis submergée par la peur et je craque.

Anne-Lise vient me voir. Elle me dit « ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer. Je suis là. C’est moi qui vais récupérer votre bébé et l’amener à Papa quand ce sera fini. »

10h42

Tout à coup, une abominable envie de gerber survient. Je dis « j’ai envie de vomir ». L’homme en vert dit qu’il arrive. Je dis que oui, mais vite et je tire au cœur. Il court, vole, et me tend un bac en plastique. Je gerbe le médoc infâme de tout à l’heure. J’en ai partout. Le champ opératoire qu’on vient de poser devant moi me tombe sur le nez. Je tente de m’essuyer dessus en remuant les lèvres pitoyablement, un peu comme un chameau, voyez le style ?

L’anesthésiste surprend mon mouvement (rires dans la voix) : « qu’est-ce que vous faites ?

Moi (honte) – j’en ai partout, j’essaie de m’essuyer… »

L’anesthésiste lâche le masque à oxygène qu’il tient et m’essuie la tronche avec un essuie-main jetable. Je lui dis merci, qu’il est une mère pour moi. Il rigole.

10h45

Je sens l’obsté qui m’appuie sur le ventre. Je le lui dis. Il dit que c’est normal. L’anesthésiste acquiesce, il dit que je vais sentir qu’il se passe des trucs, mais ça fera pas mal.

C’est vrai. J’ai l’impression qu’ils essaient de me décoller la chair des os. Je dis que je veux pas savoir ce qui se passe. L’anesthésiste dit « ha bon ?

Moi – oui, je veux pas savoir, même pas chercher à deviner, je veux penser à autre chose. Chantez moi une chanson pour m’aider ! (mais qu’est-ce qui me prend ??? y’a quoi dans cette perf ?!)

Lui – nan, nan, je chanterai pas… Par contre j’ai mieux ! (il sort un truc de sa poche)

Moi – Un mp3 ?

Lui – Non ! » C’est son Iphone. Il me propose la télé. J’accepte, je demande Sophie Davant (n’importe quoi ! Devait vraiment y avoir un truc pas catholique dans cette perf !). Je lui dis qu’on s’encroûte avec le congé mater. Il met la 2. C’est pas Sophie Davant, c’est Motus. J’aime bien Motus. Je lui dis que chercher les mots ça va bien m’aider à penser à autre chose qu’à ce qui se passe de l’autre côté du champ opératoire, où l’obsté continue à essayer de séparer ma chair et mes os. Les grilles de numéros s’affichent.

11h00 :

Tout à coup, j’entends un cri, on dirait un petit lion qui essaie de rugir. Je me fous de Motus : c’est mon fils ! Il est là, et il crie à pleins poumons.

Je demande s’il va bien. L’anesthésiste dit que vraisemblablement, aux cris qu’il pousse, il pète le feu. Je demande s’il a des cheveux (on a des préoccupations étranges, parfois…). Oui, plein. Bon.

L’obsté continue ses mouvements de boucher. Je redemande si mon fils va bien. La SF dit que oui, qu’il est magnifique (parce que t’en doutais ?). Une infirmière dont je ne vois que les yeux (des yeux de chats, avec un gros trait de khol tout autour…) me l’apporte, enroulé dans une couverture, et le pose sur moi quelques minutes. Il est tout rouge, mais tout rond. Il est sublime. Mon fils. J’ai juste le temps de lui faire un bisou sur le front qu’elle le remmène déjà.

11h20

L’obsté finit ses travaux de couture. Ca m’amuse de l’imaginer avec sa petite aiguille en train de faire de la broderie (NDLR : c’est un gros barbu avec les poils gris, qui a autant de bide que ses patientes. On dirait un peu le père Noël). Son assistante lui annonce « 500ml ». Je regarde de quoi elle parle. D’un pot avec des tuyaux pleins de sang. J’imagine que c’est ce que j’ai perdu durant l’opération.

11h40

Voix d’Anne-Lise dans un haut-parleur (j’avais même pas vu qu’elle était sortie). Elle annonce que Martin pèse 3,720 kgs. « ha la vache, sacré gigot ! » m’exclamé-je élégamment.

Je dis à l’obsté qu’heureusement que je suis pas allée jusqu’au terme. Il dit que ça veut rien dire, surtout que la prise de poids par semaine est variable d’un bébé à l’autre, sur la fin. In petto, je me dis aussi que, quelque part, heureusement qu’il est pas sorti par en bas tout compte fait…

11h50

Un brancardier arrive. Il me charge sur le brancard avec l’aide de l’anesthésiste, de l’assistante, de l’infirmière aux yeux de chat, et de toutes les bonnes volontés qui passent dans le coin. Il m’emmène en salle de réveil. Où je vais passer les 2 heures les plus longues de ma vie, au milieu des extubés qui crachent et des coloscopés qui pètent (je comprends pourquoi on m’a pas amené mon fils avec moi). Je demande régulièrement s’il va bien, si le Papa s’en sort. Je me demande s’il a trouvé les habits, et surtout si Martin rentre dedans (du naissance avec 3,7 kgs, j’ai de vieux doutes).

14h00

Enfin l’heure de monter dans ma chambre. C’est Yann qui m’y emmène. Je rigole en lui demandant s’il sent que c’est un peu plus léger qu’à l’aller. Il se marre. Je demande si c’est une chambr
e individuelle où il m’emmène. Il dit que oui. Chance.

Une aide-soignante nous attend dans la chambre pour me mettre sur le lit. Ils galèrent à cause de la pompe à morphine. Ils m’expliquent que c’est parce que c’est très rare que les césarisées soient munies de pompe à morphine dans leur chambre (m’est avis que c’est la première SF qui m’a fait une réputation de super-douillette à travers toute la clinique…).

14h10

Me voici installée. L’Homme m’a laissé mes affaires à portée de main notamment mon téléphone (‘l’est prévoyant, l’homme). Lui, il est parti manger (c’est vrai le pauvre, j’y ai même pas pensé… ‘devait avoir sacrément faim !) et récupérer Gauthier. Je me retrouve seule dans ma chambre ave mon téléphone et 3 messages de félicitations, mais sans mon fils.

14h20

On toque à la porte. Une puéricultrice pousse le petit berceau devant elle et le gare près de mon lit. Ca y est, il est là. Une immense bouffée d’amour et de fierté me déchire les entrailles. La puéricultrice me dépose mon fils dans les bras. Je le serre contre moi, et respire son odeur de bébé. La puéricultrice et les aides-soignantes qui l’accompagnaient m’expliquent que l’Homme reviendra en fin d’après-midi. Elles me suggèrent d’en profiter pour me reposer et profiter de mon bébé, et elles sortent.

J’embrasse et je contemple Martin, et je ne m’en lasse pas. Il est magnifique. Une nouvelle page vient de s’ouvrir dans l’Histoire de notre vie. Une histoire que l’on va désormais continuer d’écrire… à 4.

25-03 - 3H

25-03 - grand frere et petit frere

25-03 - frangin

Lettre ouverte à mon fils

Mon chéri,

 

Bientôt un an que je n’ai pas posté sur ce blog. Pas par manque d’amour, tu le sais, bien au contraire ! Plutôt par manque de temps. par manque d’envie, aussi, parfois, je dois l’avouer… Pas envie de faire partager mon bonheur de vivre chaque jour auprès de toi, comme de peur qu’il s’envole. C’est parfois bien égoïste, une maman…

Mais là, depuis quelques jours, j’ai envie de crier au monde entier combien je t’aime, combien tu es formidable. Est-ce l’arrivée dans quelques mois de ton petit frère ou de ta petite soeur qui me fait ressentir encore plus fort tous ces sentiments ? Je ne sais pas. Je préfère penser que c’est parce que tu es ce que tu es.

Je te dis chaque jour combien tu es beau, et surtout combien tu es un petit garçon merveilleux. Mais ce n’est pas encore assez. Chaque jour tu me surprends par tes progrès, ton humour et ta gentillesse.

Toutes ces petites attentions quotidiennes que tu peux avoir envers moi ou envers ton père, toutes ces petites sorties amusantes dont tu nous gratifies chaque semaine, toutes ces question que tu poses et qui révèlent ton intelligence et ta sensibilité… Tu m’épates mon amour. J’aime te regarder évoluer et vivre, et je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter une telle chance, celle d’avoir un petit garçon aussi parfait que toi. Tu es sage et doux, câlin et curieux, intelligent et drôle, facile à vivre et sensible tout à la fois.

 Jamais je n’aurais pensé trouver tant de qualités chez un si petit personnage ! Merci mon ange de nous avoir choisis pour être tes parents, et de nous rendre heureux ainsi à chaque instant. Tu es beau, mais tu as aussi et surtout  une belle âme. Au vu de tout cela, je peux te le dire, parce que j’ai levé toutes les angoisses qu’une mère peut avoir en mettant son enfant au monde, désormais j’en suis sûre : tu seras un homme BIEN, mon fils.

 

Ta maman qui t’aime plus grand que le ciel.

Ecole, me voilà

Ca devait bien arriver un jour… Et ce jour est arrivé, le 3 septembre 2009.
Nous t’avions préparé depuis quelques semaines, en t’expliquant que tu allais y passer, ce que c’était, ce que tu ferais… Tu étais même venu la visiter lors de ton inscription, en juin.
Je t’ai acheté un cartable. Un joli cartable, vert et jaune, avec les personnages de Winnie l’Ourson dessus. Quand tu l’as vu, tu as refusé de l’essayer en hurlant « naaaan ! j’ai peuuuur ! ». Bon. C’était pas gagné…
Puis, peu à peu, tu as apprivoisé l’objet, manifestant même à l’égard de la chose scolaire une certaine curiosité.

J’avais prévu des larmes, surtout de mon côté. J’avais en tête cette image de toi, tout petit, perdu au milieu de cette grande cour, serrant ton doudou dans tes mains et avec ton goûter dans ton sac…
Finalement, c’est à la maison que j’ai pleuré (en essayant de ne pas trop te le montrer). On venait de t’enfiler ton blouson, et je suis venue te mettre le cartable sur les épaules. C’est ton regard à ce moment-là qui a eu raison de moi… Un regard accompagné d’un grand sourire plein de fierté qui disait « ça y est Maman, on y est. Et je vais y arriver, tu verras ! ». Ce fut trop pour mon coeur de Maman ! J’ai caché mes larmes derrière l’appareil photo (ouh, la bonne excuse !).
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Nous sommes partis à pieds (histoire que je puisse me détendre en fumant une cigarette sur le chemin…). Il fallait te voir ! J’avais l’impression que tu avançais vers ton destin, que tu étais parti sur le chemin de la vie « pour de bon »…
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A l’heure H (9h00), nous franchissions les grilles de l’école.
Dans les couloirs, quelques larmes, mais surtout une grande effervescence, et des enfants contents de se retrouver. Des « grands », des qui en sont déjà à leur 2ème année de maternelle…

Arrivée à ta classe. Ta maîtresse est là, toute douce, toute mignonne et souriante, une petite fille à la main. Elle me plaît. Je suis sûre que c’est celle qui correspond le mieux à ton caractère. L’ATSEM place déjà les photos de tes petits camarades sur les porte-manteaux. Je mets ton blouson sur le tien, et tes chaussures en-dessous : tu viens d’enfiler tes chaussons d’école pour pénétrer dans la classe.
Tu t’accroches à ton doudou. Bien sûr tu as vu les voitures, les cubes, les avions. Mais d’autres enfants jouent déjà avec.  Tu refuses de les rejoindre et reste collé à nos jambes.

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Timidement, tu enjambes un banc pour entreprendre de retourner les marchepieds en plastique qui servent de tabouret… Papa et moi essayons de te distraire de cette activité étrange en t’entraînant vers un groupe de petits garçons occupés avec des DUPLO.  Tu tripotes un peu les jouets, mais commences à flairer le piège en nous voyant nous éloigner un peu.
La maîtresse a repéré ton manège, elle s’approche de toi pour te proposer des dessins… Tu secoues la tête. Je crois que tu veux surtout repartir avec nous.
Je sais que tu es entre de bonnes mains, alors je gagne la sortie avec Papa. Là, je merde : je me retourne. Je t’aperçois qui nous regardes partir, la main commençant à se crisper sur Tiphan, la bouche qui commence à se tordre pour pleurer. Je ne veux pas voir ça. Je pleurerai dans le couloir et tu n’en sauras rien…

Mon petit bonhomme… Ca y est, te voilà parti pour de longues années d’études. Tu ne nous appartient déjà plus. Tu vas avoir ta vie, tes amis, tes secrets. C’est une sacrée page qui se tourne. Tu quittes le monde ouaté des bébés pour celui de l’enfance, parfois drôle, parfois cruel… Sache en tous cas que nous serons toujours là pour t’aider, et pour t’écouter.
Je t’aime, mon Grand Garçon !

Aaaalleluiah !!!

On n’y croyait plus. On avait tout testé :
– la persuasion : mais si, chéri, tu peux y arriver, tu es le plus fort, ou encore quand il était en position « allez Gauthier, allez Gauthier, aaallleez ! » façon stade de foot.
– le prendre par les sentiments : tu sais, si tu fais pipi dans les WC, Papa et Maman seront super fiers de toi, ils t’aimeront encore plus fort !
– la violence : je te jure, si tu fais dans ton slip, tu prends une fessée
– l’exemple par les livres : regarde, Théo il fait pipi aux WC maintenant, même s’il trouvait ça trop difficile au début de l’histoire
– le contre-exemple : boah, je m’en fiche, hein, si tu veux pas faire pipi dans les WC, ne fais pas, c’est pas grave
– la méthode dite « de la honte » :si tu fais pas pipi aux WC, c’est que tu es un bébé, alors tiens, voilà ton biberon pour le petit déjeuner
– le chantage : si tu fais pipi dans les WC, je t’achète une petite voiture
Bref, on était désespérés, on a quand même employé des moyens dont on n’est pas très fiers.
ET puis… on a pris les choses en main, l’été aidant. Dimanche, j’ai dit solennellement à fils : « à partir de demain, les couches, c’est fini. D’abord, il n’y en a plus à ta taille, tu fais des pipis et des cacas trop gros. Maman n’achète plus de couches, tu te débrouilles. Les seules couches qui existent pour toi, c’est des couches pour la nuit et c’est interdit de les mettre le jour.
LUI – intedit !
MOI – Oui, parfaitement. Alors demain, tu restes à la maison avec Papa, et tu mets un slip. »
Lundi, Gauthier a donc mis un slip. 2 pipis dedans, et un cacas. 3 slips en 1 journée. Bon…
Mardi, Gauthier a remis un slip. 1 accident. ET le soir, au moment d’aller au lit « ha non Maman, on met pas de couche ! c’est fini les couches ». On a mis une couche quand même : laver des slips, ok, laver la couette, nan !
Hier, Gauthier a re-remis un slip : zéro accident, il a fait pipi dans les WC ou dehors, debout, « comme papa !!! ». Il a dit quand il avait envie.
Aujourd’hui, pareil, pas d’accident. Et il était joyce d’aller aux WC et de tirer la chasse. Il a encore râlé au moment de mettre une couche pour la nuit.
Je veux pas crier victoire trop vite alors je le dis pas fort mais… On tient le bon bout !!! (il était temps !)
Heureusement que Papa assure pour l’aider à franchir ce cap ! il est top, Papa !