miettes

Il est des jours où l’on se demande « mais pourquoi ?! ». Pourquoi avons-nous choisi d’avoir des enfants ?! Ces jours bénis où vous devez ramasser le bol de céréales renversé de bon matin alors que vous êtes déjà passablement en retard, après vous être levée au moins une fois dans la nuit (et plus si affinités suivant le modèle dont vous êtes équipée) pour cause d’affreux cauchemar, de doudou perdu, d’envie de vomir plus ou moins imaginaire, de pipi mal contrôlé, de soif, de chaussette monstrueuse, de pyjama coincé, d’oreiller mangeur de cerveau… (oui, les enfants sont des êtres très imaginatifs dès qu’il s’agit de vous priver de sommeil). Ces jours bénis où vous devez passer 1/2h à la recherche de ce satané doudou qui trouve toujours le moyen de se planquer dans les endroits les plus improbables pour que la chair de votre chair puisse s’endormir en paix (jusqu’au réveil nocturne pour une des raisons susmentionnées). Ces jours bénis où, à peine assise, vous devez vous relever parce qu’il hurle depuis les cabinets « mamaaaaannnn, j’ai finiiiiii !!! ». Ces jours bénis où vous allez vous coucher en vous empalant la plante des pieds sur un légo ou un tortue ninja armé de son poignard, et où vous devez retenir votre cri de douleur pour préserver leur sommeil. Ces jours bénis où vous découvrez des trous ou taches indélébiles sur le pantalon acheté la semaine précédente, où vos conversations téléphoniques se limitent à quelques mots parce qu’ILS choisissent toujours ce moment là pour vos raconter leur journée / se battre / vous demander un truc hyper important / se blesser (rayez les mentions inutiles), où vous vous demandez de quelle couleur est le sol de leur chambre que vous n’avez plus vu depuis plusieurs jours tellement il est jonché de jouets et dessins en tous genres, où vous vous demandez comment un psychopathe a pu monter à l’étage pour les égorger sans que vous le voyez passer (ha, non, pardon, ils jouaient seulement aux pirates…). Bref, cette question revient, tous ces soirs où vous vous allongez dans votre lit fourbue de tout ce que vous avez donné pour eux toute la journée sans compter : votre temps, votre énergie, votre patience, votre amour.

Et puis parfois, sans que vous vous posiez la question, vous SAVEZ pourquoi. Ca surgit n’importe quand. Quand vous l’entendez imiter votre intonation lorsque la maman Playmobil gronde son enfant Playmobil. Quand il passe son petit bras autour de votre cou quand vous allez le réveiller le matin, et cale sa petite bouille encore toute ensommeillée dans le creux de votre épaule. Quand il vous regarde avec un air émerveillé et qu’il vous dit avec sa sincérité d’enfant « t’es la plus belle ! ». Quand, quand il dort, vous l’embrassez dans le cou et que vous sentez, cette odeur inimitable de Mixa Bébé et de sueur aigre qui n’appartient qu’à lui. Quand il a fait une bêtise et que sa petite bouche commence à se tordre vers le bas et ses yeux commencent à se remplir de larmes qu’il essaie de retenir.  Quand il se serre tout contre vous pendant l’histoire du soir. Quand il glisse sa petite main dans la votre dans la rue. Quand il vous apporte son premier bonhomme têtard. Quand il écrit son prénom pour la première fois en grosses lettres tremblotantes en tirant la langue.

Bref, quand il sème derrière lui toutes ces petits riens, comme autant de petites miettes sur le chemin de l’enfance qu’il ne retrouvera jamais. Autant de petites miettes que vous mangez avidement, parce que vous savez que le bébé qu’il était ne reviendra jamais. Chacun de ces instants, bouffées de nostalgie, répond à lui-seul à la question : « pourquoi ai-je fait des enfants ? ». C’est parce que les enfants, c’est ce qui vous donne la force de vous dépasser chaque jour, d’être meilleure chaque jour, de penser à quelqu’un d’autre avant de penser à vous, toujours. On croit qu’on va leur apprendre la vie, mais en réalité, ce sont eux nos professeurs, qui nous donnent aussi sans compter leur temps, leur énergie, leur confiance, et leur amour.

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2 minutes 35 de bonheur

Ca y est vous allez avoir la ritournelle dans la tête toute la journée. Merci qui ?! merci Loliiiie ! Enfin j’étais pas venue vous chanter une chanson ni vous livrer une bio de Johnny et Sylvie, juste vous faire partager mon petit bonheur du jour, parce que le bonheur est fait de petites choses. Le bonheur, c’est fugace, fragile, il faut le saisir quand il passe. Alors ce matin je n’ai pas hésité à le cueillir à bras le corps, surtout que j’en avais bien besoin !

Ben oui, matin chagrin, matin où il faut un treuil pour te sortir du lit, où tu traînes ta démotivation, ta fatigue (et tes courbatures de ton match de foot de samedi contre l’équipe « poussins » de ton fils aîné) et le retard consécutant de ces causes conjointes, bref, matin ordinaire de fin d’année scolaire on va dire ! Hé bien ce matin gris (ouaip, c’est l’été que sur le calendrier ici) a eu son rayon de soleil au moment où j’enfilais mon blouson. Le rayon de soleil avait 2 petites jambes assurant une démarche un peu chancelante parce qu’elles voulaient aller un peu trop vite, un doudou dans une main, et 2 petits bras qui m’ont enserré les genoux de toute leurs forces. Et puis le rayon de soleil a plaqué sa joue sur ma cuisse en serrant fort ses petits bras, il a levé vers moi 2 grands yeux pleins d’amour et il a dit « t’aime maman ! ».

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Moi aussi je t’aime, mon petit caramel : dur dehors et si tendre à l’intérieur !

 

let’s go to the Zoo !

Mercredi, quand Martin m’a brandi triomphalement le lion Playmobil sous le nez en me criant d’un ton enthousiaste « chiennnnn ! », je me suis dit qu’il manquait cruellement de références animalières, quand même. Et quand 3 minutes après il a récidivé avec l’éléphant en disant d’un ton encore plus convaincu « chiennnnnn ! », là, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose !

J’ai donc décrété unilatéralement qu’on profiterait du beau dimanche annoncé pour aller à Beauval instruire ce pauvre enfant. Bien m’en prit, nous avons passé une journée magnifique.

Les premiers à nous accueillir furent les manchots, toujours aussi rigolos (ça a encore enthousiasmé Gauthier, qui s’est cru dans un épisode des Pingouins de Madagascar !) :

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Martin, lui, il devait penser que ça sentait un peu trop fort la sardine, parce qu’il a voulu s’en aller de là bien vite. Alors on a monté quelques mètres pour aller voir les fauves. Révélation pour Martin, qui en voyant une lionne endormie (très endormie, limite suspect puisqu’entre 12h – heure de notre 1er passage – et 16h – heure de notre dernier coucou aux lions – la lionne n’avait même pas bougé un doigt de pied) a beuglé « chaaaaaat !!!!! ». Suis pas sûre qu’il n’ait pas droit aux lunettes lui aussi, avec un tel sens des proportions…

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Après être passé devant l’ours (qui siestait tellement bien au milieu des feuilles mortes que Gauthier ne l’a même pas vu), nous avons annoncé que nous allions chercher un coin pour pique-niquer. Ca a soulevé l’enthousiasme :

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On a mangé nos sandwiches sous les fenêtres d’ateles, qui nous ont fait des coucous amicaux, ça a beaucoup amusé petit nain. Alors, devant cet engouement, on a continué avec le pavillon des grands singes.

Là, c’est moi que ça a émue le plus, il y a un je ne sais quoi dans leur regard qui me prend aux tripes…

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Après ça, direction le vivarium des serpents, à la grande joie de Papa… Les serpents n’ont pas trop impressionné Martin qui ne voyait pas grand chose à travers les vitrines. Pourtant, il y a mis du sien, déambulant dans l’attitude parfaite du visiteur lambda, faisant gentiment la queue sans trop savoir pourquoi (mais puisque tout le monde la faisait c’est qu’il y avait peut-être un truc intéressant au bout, genre un goûter gratuit, un truc comme ça !)…

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Les alligators étaient tellement immobiles qu’on les aurait crus en plastiques, mais le Varan l’a intrigué !

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Petite pause entre frangins pour se remettre de ses émotions :

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Après tout ça, on a décidé d’aller voir les éléphants (histoire qu’il ne traite plus ces braves bêtes de vulgaires chiens). Mais il commençait à fatiguer et n’a même pas prêté attention à ce pauvre pachyderme qui nous a pourtant offert un show du tonnerre en se tapant contre des troncs pour enlever la boue qui le recouvrait.

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Comme les éléphants ne sont pas bien loin des pandas, on a bifurqué vers ces fameux nounours bicolores venus de l’Empire du Milieu. Ben je vais vous dire, ils sont décevants, les pandas, de prime abord. D’abord c’est vachement plus petit que ce que j’imaginais. Pis ça bouge pas. Quand on est arrivés, ils étaient endormis dans les arbres (oui, je savais pas, mais ça a ce point commun avec la cigogne que ça niche en hauteur, manifestement, ces machins-là !) :

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Comme il faisait chaud, on a fait une petite pause autour d’une glace et d’une boisson fraîche – achetées à prix d’or à un point de restauration local. Par chance (?), Martin a profité de ce moment de répit pour remplir sa couche, nous ramenant vers les pandas. Ben oui, parce que les wawas du coin des pandas sont super propres, tout neufs, et avec une salle à langer d’enfer. C’est en sortant du change-couche qu’on a vu le panda faire son sport de la journée, descendant de son arbre pour aller se rafraîchir à la fontaine. On n’avait pas fait le voyage pour rien : on a vu la bestiole descendre et courir un peu, un honneur en somme !

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On a continué notre petit tour par une visite aux koalas. Quand on rentre chez les koalas, c’est marqué de ne pas crier pour ne pas les stresser. Bon, moi j’pense que pour stresser un koala, faut en faire des caisses, quand même, parce qu’on était je ne sais pas combien là-dedans à les reluquer en piaillant, et franchement, ça a pas eu l’air de les émouvoir plus que ça :

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(remarque y’a eu progrès par rapport à la dernière fois, là, on en a vu un se gratter et un bailler, alors que la fois d’avant, je les soupçonnais d’avoir pendu des peluches dans les arbres en faisant croire que c’était des vrais…)

On a fini notre journée en allant voir les lamantins, mes chouchous. Sur le chemin, on a croisé les gorilles qui prenaient leur goûter, et m’ont eux aussi beaucoup émue. Ils ont d’ailleurs été été un coup de coeur assez général, en fait :

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Je n’oublie pas la tortue qui est venue nous dire bonjour très urbainement lorsque nous nous sommes arrêtés devant l’aquarium des lamantins, et qui a un peu fait peur à Martin. Je n’oublie pas non plus les tapirs asiatiques noirs et blancs avec leurs bonne bouille toute douce qu’Eric a eu envie de prendre en pension dans le jardin. Ni les flamants rose qui puent-comme-j’en-ai-rarement-vus, ni les tigres qui se planquaient pour dormir tranquilles, ni la maman gorille qui allaitait son bébé et dont j’ai croisé le regard durant cet instant de tendresse, ni le rhinocéros qui n’a daigné nous montrer que son derrière…

Je n’aime pas trop les zoos, ça me rend toujours un peu triste de voir ces animaux enfermés, je me sens toujours un peu « voyeuse » dans ces endroits-là et je repars toujours avec un léger sentiment de malaise (ou de culpabilité ?). Mais à Beauval, je ne sais pas, c’est différent. Les animaux y ont l’air bien, presque en liberté (l’île aux chimpanzés est en plein milieu du parc, entourée de chemins de promenade, et sans aucune cloture), on voit le personnel passer régulièrement nourrir et prendre soin des animaux, il y a des petits panneaux pour annoncer les petits noms des « habitants » ou les naissances récentes, ou des affichettes demandant une vigilance particulière pour tel ou tel qui est vieux et a besoin de tranquillité… Tout y semble propre, harmonieux et surtout
, très respectueux. C’est pour ça que ce zoo-là, j’y retourne avec plaisir.

Voilà, je sais que ça a bien plu à Gauthier. Martin  c’est plus mitigé parce qu’il n’a  pas fait de sieste et n’a donc pas trop profité l’après-midi, vu qu’il était énervé. Je ne sais pas ce qu’il en a vraiment retenu, il était sans doute un peu petit encore pour en profiter vraiment. D’ailleurs en voyant la photo du lion tout à l’heure, il a dit « chaaaaat ! ». C’est pô gagné, hein, m’enfin faut que ça fasse son chemin !

Au parc !

Ras le bol du mauvais temps, de la grisaille, du froid… Même si pour ma part je suis très casanière et que j’adore rester à la maison, force est de constater que le manque de soleil commençait à me peser. Et à mes 2 petits fauves aussi, ils ont besoin de se dépenser.

Alors quand on a vu les quelques rayons qui nous ont rendu visite aujourd’hui, on a amené tout ce petit monde au parc. L’idée de base, c’était de continuer à apprendre à Gauthier à faire du vélo sans roulettes. Bon, autant vous le dire : s’pô gagné ! à ce train-là, p’têt’ même que c’est Martin qui lui apprendra !

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Bon, en même temps, j’vais pas lui jeter la pierre, moi, j’ai su à 9 ans alors il a encore 2 ans de marge ! lol !

En tout cas, Martin, lui, il a apprécié la balade, même si avec le froid il avait le nez tout rouge !

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(quand on voit les 2 photos, je pense qu’on comprendra facilement pourquoi on prend Martin en photo plus souvent que son frère, hein !)

L’opération « vélo » s’étant révélée un fiasco total n’ayant pas été un franc succès, nous avons bifurqué vers l’aire de jeux. Là, ils étaient à égalité niveau sourires !

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Alors quand je vois ça, moi je vous le dis, j’ai envie de citer Saint-Ex : un sourire est souvent l’essentiel. On est payé par un sourire. On est récompensé par un sourire. Et eux, c’est vraiment ma plus belle récompense.

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Connaissez-vous bien vos Roc et Gravillon ?

Attention article avec plein de choses dedans !

D’abord un petit jeu que j’ai fait faire à mes copines scrappeuses (les filles, interdit de répondre puisque vous connaissez la solution !), qui ne s’en sont vraiment pas mal sorties. Mais VOUS, saurez-vous reconnaître Gauthier et Martin sur ces photos ?

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Amusez-vous bien !

Et comme je suis d’humeur généreuse, je voulais aussi vous faire partager un magnifique texte trouvé sur internet, et aussitôt intégré à une page de scrap. Forcément, en maman de 2 garçons, je ne pouvais qu’être touchée par ce texte :

Qu’est-ce qu’un petit garçon ?

Entre l’innocence du bébé et la dignité de l’adulte se trouve une créature délicieuse que nous appelons petit garçon. Les petits garçons sont de différentes tailles, de poids et de couleurs variés, mais tous les petits garçons sont les même : jouir de chaque seconde, de chaque minute, de chaque heure, de chaque jour et protester bruyamment (leur seule arme) lorsque cette dernière seconde est finie et qu’on les mène au lit.

Il y a des petits garçons partout : dessus, dedans, escaladant, se balançant, courant, sautant… Les mamans les aiment, les petites filles les détestent, les soeurs et frères ainés les tolèrent, les adultes les ignorent et le Ciel les protège.

Un petit garçon, c’est la Vérité avec le visage barbouillé de boue, la Beauté avec une coupure au doigt, la Sagesse avec de chewing-gum dans les cheveux et l’Avenir avec un crapaud dans sa poche.

Lorsque vous êtes occupé, un petit garçon est un casse-pieds sans égal, un cliquetis expaspérant. Quand vous voulez qu’il fasse bonne impression, son cerveau se change en gélatine ou alors il devient une véritable créature de la jungle, sauvage, sadique, paré à détruire le monde, et lui avec.

Un petit garçon, c’est un être aux multiples aspects : il a l’appétit d’un cheval, la voracité d’un avaleur de sabres, l’énergie d’une bombe atomique en format de poche, la curiosité d’un chat, les poumons d’un dictateur, l’imagination de Perrot, la timidité de la violette, l’aplomb d’un piège d’acier, l’enthousiasme d’un pétard et quand il fait quelque chose, il a cinq pouces à chaque main.

Il aime la crème glacée, les couteaux, les scies, la Noël, les BD, le garçon de l’autre côté de la rue, la forêt, l’eau (mais seulement dans son habitat naturel), les gros animaux, Papa, les trains, les samedis matins et les camions de pompiers. Il n’est pas beaucoup porté sur les révisions, la bonne compagnie, les écoles, les livres sans images, les leçons de musique, les noeuds de cravates, le coiffeur, les filles, les manteaux, les grandes personnes ou l’heure du coucher.

Personne d’autre n’est si pressé de se lever ou si peu rapide à aller dîner.

Personne d’autre ne s’amuse autant des arbres, des chiens ou du vent. Personne d’autre ne peut amonceler dans sa poche un vieux couteau rouillé, une pomme à demi mangée, trois mètres de ficelle, un sac vide, deux bonbons, six sous, une fronde, un morceau d’une substance inconnue, sans compter une lampe de poche qui ne fonctionne plus.

Un petit garçon est une créature magique. Vous pouvez lui interdire l’accès de votre atelier, mais pas celui de votre coeur. Vous pouvez le faire sortir de votre bureau, mais jamais de votre pensée.
Autant abandonner. Il est votre accapareur, votre geôlier et votre maître, ce paquet bruyant haut comme trois pommes et grand chasseur de chats. Mais lorsque vous rentrez à la maison le soir avec les lambeaux d’un beau projet manqué, il peut tout racommoder avec deux petits mots magiques « Bonjour, Papa ».

(Alan Beck)

les questions qui tuent

Il y a des questions que tous les parents redoutent. Il y a d’abord le fameux « Papa/Maman, comment on fait les bébés ? ». Il y a ensuite le « pourquoi le monsieur / la dame il/elle est noir(e) ? » ou « pourquoi le ciel est bleu ? ». Plus tard, il y a le « Maman, quand est-ce que je pourrai prendre la pilule ? » ou, version mec : « Papa, comment on enfile un préservatif ? ». Dieu merci, on a pas encore eu droit à la dernière.Par contre, on en a eu une bien sympa aujourd’hui, en passant à table : « Papa, est-ce que le Père Noël il existe ? ».

Ha. La voilà, la question redoutable de l’année de CP (en général, c’est dans ces eaux-là, hein ?). Papa était assis devant son poulet frites, il a été un peu pris au dépourvu : « ben euh, tu crois qu’il existe, toi ? ». Moi, j’étais en train de ranger des trucs dans la cuisine, je suis venue à la rescousse.

 

D’abord, soyons clairs, moi, j’ai jamais été foncièrement pour, cette histoire du Père Noël… L’idée de faire croire à mes enfants qu’il y a des rennes qui volent, un bonhomme de 120 kilos qui passe par les cheminées, qui est capable de fabriquer des cadeaux pour tous les enfants de la terre (les mêmes qu’on voit dans les magasins, en plus) et de les distribuer en une seule nuit sur toute la planète… bof. Déjà c’est leur mentir, et rien que ça, ça me gêne.

Surtout que le mensonge entraîne le mensonge, parce que les enfants sont pas idiots, ils trouvent quand même ça bizarre de voir des pères Noël dans tous les magasins (« c’est des adjoints du vrai, chéri, des gens qui se déguisent parce que le vrai il est occupé » –> moyennement convaincant). Ca les intrigue aussi de voir plein de jouets dans tous les rayons au mois de décembre (« c’est parce que le Père Noël, il a pas le temps de tout fabriquer alors des fois il va s’approvisionner chez Carrefour » –> super explication, ton gamin te regarde avec les yeux suspicieux, du style « ben pourquoi il achète pas tout directement, il perdrait moins de temps ?! »). Ils comprennent pas bien comment le Père Noël il passe aussi chez les gens qui ont pas de cheminée (« ben il passe par la porte Chéri, les gens la ferment pas à clé ce soir là pour qu’il puisse rentrer » –> super rassurant pour le gosse, qui se dit que ce soir là des cambrioleurs – ou des monstres ou des extra-terrestres – aussi peuvent passer par la porte !).

Outre que le mensonge me dérange, je me souviens encore du sentiment de trahison et d’avoir été prise pour une idiote que j’ai éprouvé lorsque moi aussi j’ai appris que le Père Noël n’existait pas. Trahie par mes propres parents, et m’être laissée berner comme ça, j’avais pas aimé.

Mais bon, la pression « sociale » et familiale étant ce qu’elle est, au nom de la tradition et du « hooo, mais c’est un si joli rêve », j’ai cédé. C’est vrai que je n’avais pas envie non plus de révéler trop tôt aux enfants la nature profonde de  la société de consommation…

 

Cette parenthèse refermée, j’ai donc sauté sur l’occasion ce midi. Dès lors que l’enfant pose la question, c’est qu’il a de sérieux doutes. Qu’il a fait une bonne partie du chemin, et qu’il veut juste une confirmation que son ressenti est le bon, que son intuition est fiable, qu’il peut faire confiance à son bon sens et à sa réflexion. Rien ne sert de prolonger le mensonge, surtout que là, c’est vraiment lui mentir « en face », sciemment, lui faire une réponse fausse à ses interrogations, de façon volontaire. Pour moi, c’est le laisser avec ses doutes, donc dans le malaise d’une certaine façon.

Je ne dis pas que c’est la meilleure solution, mais c’est celle que j’ai choisie, en mon âme et conscience, en essayant, comme toujours, de faire « au mieux » et d’être fidèle à mes convictions.

 

Nous avons donc avoué la vérité à Gauthier, qui l’a plutôt bien pris. Nous lui avons dit qu’il était dorénavant dans la confidence, qu’il partageait un vrai secret de grand. Il était assez fier. On lui a demandé s’il n’était pas triste, il a assuré à plusieurs reprises que non, vraiment. Et sincèrement, je pense que c’est vrai. Il a replacé à voix haute toutes les pièces du puzzle, il a eu un petit sourire en coin… Bref, une page de plus est tournée.

Maintenant, il va falloir qu’il tienne sa langue pour laisser encore un peu son frère dans le monde de l’enfance, mais je pense qu’il a bien compris l’enjeu et qu’on peut lui faire confiance sur ce point, parce qu’en plus d’être un petit garçon merveilleux au quotidien, c’est aussi un grand frère formidable.